Alain Bauer

Il a dit

« [À propos de la référence à l'« héritage chrétien de l'Europe » dans la future Constitution européenne] J'ai évoqué les lois sur la bioéthique. Les gens de Matignon et de la Commission des Lois ont reconnu que lors de la révision de cette loi, ils ont modifié leur point de vue après les auditions des représentants des Francs-maçons. Nous avons œuvré à faire reconnaître la liberté absolue de la recherche scientifique, contre les interdits moraux. Si dans les textes sur l'Europe, il n'est plus question d'introduire la notion « d'héritage culturel chrétien », ce n'est pas par hasard. Les Francs-maçons font ce qu'ils ont à faire. [...] Nous nous prononçons en faveur de l'admission de la Turquie, qui pour nous fait partie de l'Europe depuis toujours. [...] Chirac est plutôt philomaçon [...] avec toutes les contradictions de l'individu. Mais, en ce qui nous concerne, sur les valeurs essentielles, Chirac n'a jamais manqué. »


« Il fut un temps où les gouvernements affichaient une politique en matière d'immigration. Protectrice ou exclusive, fermée ou généreuse, frileuse ou humaniste, cette politique était à l'image des programmes choisis par les électeurs et appliqués par des élus proclamant leurs idées. Il fut aussi un temps où le bannissement, l'exil intérieur, s'appliquait aussi à des nationaux. Il n'est pas sûr que notre frère Voltaire ait choisi sa résidence par pure helvétophilie..... Depuis un quart de siècle, si des signes forts furent parfois donnés (regroupement familial, régularisations mais aussi « charters »), aucune politique n'a été assumée en tant que telle sur ce terrain souvent marécageux. On promet de temps en temps, sans jamais tenir, le droit de vote aux élections locales. Certains, receleurs des peurs collectives, choisirent de rapprocher insécurité et immigration, comme si la démographie ne comptait pas plus que l'ethnographie et en oubliant que les principales victimes de la violence étaient souvent aussi les populations qui vivent dans nos quartiers de relégation et de ségrégation, qu'ils soient « petits Blancs », jeunes Français issus de l'immigration ou immigrés.

Notre village gaulois s'est toujours enrichi des autres en affirmant des valeurs universelles qui dépassent largement son poids démographique, économique ou militaire. Au-delà de ces considérations, le nécessaire renouvellement des populations permettant de préserver les équilibres sociaux n'est pas à sous-estimer, même si cet argument n'a qu'une valeur marginale. Nous souhaitons que la France reconstitue ses forces dans la diversité des origines et dans l'affirmation de valeurs communes.

Nous devons cesser de considérer les populations accueillies sur le territoire comme des IDD (Immigrés à Durée Déterminée) dont il conviendrait de ne jamais se préoccuper de l'accès à la langue, à la culture, aux droits et aux devoirs. Il est anormal, indigne, incompréhensible que l'accès à la nationalité française soit aujourd'hui si ardu, si bureaucratique, si archaïque. Le système, par sa nature même, force à la clandestinité. Durant des années, nous avons réduit les capacités d'accueil et durci les conditions d'entrée des étudiants étrangers. Nous en payons aujourd'hui le prix en termes d'influence politique et culturelle partout dans le monde.

Le temps est peut-être venu de prendre à bras-le-corps le problème en affirmant que l'immigration n'est pas un risque en tant que tel, mais constitue une véritable chance pour la France. Un accès clair à la nationalité, dans des conditions rapides, sous des clauses d'un véritable contrat républicain, combiné à l'organisation dans nos établissements d'enseignement de cours de français, de droit, de culture pourrait modifier totalement l'approche en vigueur. De la même manière, le droit de vote aux élections locales, conçu comme un pis-aller, deviendrait une étape d'un cheminement qui permettrait aussi la représentation de tous les citoyens français.

Revenir sur les contradictions et les paradoxes d'une législation constitue également un enjeu majeur. Il faut sortir les « non-régularisables, non-expulsables » de cette situation qui fait hésiter l'observateur entre Ubu et Kafka en termes de caractérisation. Il faudrait également mettre à plat la pratique de la double peine qui nie, par essence, toute évolution possible du condamné au cours de sa peine alors même que ce principe est au centre du dispositif pénal français. Il est anormal et scandaleux que seuls les exploiteurs et les passeurs, les organisations criminelles qui ont industrialisé cet esclavage moderne, soient les bénéficiaires par l'absurde de l'incurie administrative qui règne depuis si longtemps sur cette question.

L'immigration peut devenir un plus pour la France. Elle n'est pas une patate chaude, que gouvernements de droite et de gauche ont désespérément tenté de léguer à leurs successeurs, à tel point qu'on pourrait croire qu'ils appelaient parfois l'alternance de leurs voeux...

Certes, d'autres dimensions existent pour trouver des solutions qui ne peuvent plus être limitées à nos frontières nationales. L'Europe peut se doter des moyens d'harmonisation de politiques souvent contradictoires.

La France n'est pas composée de souches, ces arbres morts, défendus comme on protège un musée poussiéreux, mais de racines vivantes acceptant l'autre dans le cadre de ce contrat historique proclamé par notre déclaration des droits de l'homme et du citoyen. C'est au nom de ces valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité que les Francs-Maçons défendent depuis 1728 en France, que nous appelons les pouvoirs publics à mettre en oeuvre cette politique permettant à tous les résidents sur le territoire français de devenir enfin de véritables citoyens. »

  • « Immigration : une chance pour la France », communiqué cosigné par le Grand Orient de France, Alain Bauer et Michel Barat, 18 octobre 2002