Ils ont dit

« Ici, nous, Français juifs, avons longtemps été seuls, aux avant-postes. Monsieur le Premier Ministre, vous connaissez notre situation et vos discours sont chaleureux, amicaux. Nous vous sommes reconnaissants de vos paroles et aussi de vos actes. Au-delà de votre personne, la puissance publique s’est mobilisée, en cette période difficile, de façon remarquable. Les gouvernements précédents étaient dans les mêmes dispositions: La France a l’une des législations les plus protectrices contre l’antisémitisme, contre le négationnisme et contre le boycott. [...] Nous vivons une vie retranchée. Nous avons le sentiment angoissant d’être devenus des citoyens de deuxième zone. Cet ostracisme isole et traumatise. Mais est-ce la faute des Français juifs si ce communautarisme progresse ? [...] Le statut des Juifs est un indicateur de l’état des pathologies sociales. [...] Les maux qui rongent notre société sont connus. Il y a, bien sûr, les problèmes économiques. Mais ce n’est pas tout. Notre société doute d’elle- même. Elle rejette ses élites, elle critique l’Europe. Elle est en quête de repères identitaires, religieux, moraux. Et sur Internet c’est pire encore, avec des messages haineux en hausse exponentielle. Monsieur le Premier Ministre, des règles nouvelles doivent être imposées à Facebook, Twitter et Google pour freiner cette évolution. L’état d’urgence doit aussi s’appliquer sur Internet ! Ainsi, Pharos l’institution gouvernementale de lutte contre la cybercriminalité devrait disposer de plusieurs centaines d’employés au lieu des quelques dizaines seulement aujourd’hui. Un autre symptôme de cette maladie française est la progression impressionnante, insupportable du Front National dont les propositions démagogiques sont dangereuses pour la France. Le Front National joue sur les peurs et les angoisses de notre temps pour grossir ses rangs, tout comme ses ancêtres avaient joué, dans les années 30 et 40, sur les peurs et les angoisses de la défaite. Derrière un nettoyage de façade, c’est dans ce parti que l’on trouve les nostalgiques de Pétain, de Vichy et de leur idéologie. Nous, Français juifs, avons gardé un souvenir douloureux de cette période. Nous devons être exemplaires et sans faille dans le rejet des héritières de Jean-Marie Le Pen. [...] Il arrive aussi que des mesures soient annoncées mais, un an plus tard, ne sont toujours pas effectives. Je pense au passage dans le droit commun des délits racistes ou antisémites qui continuent de relever du droit sur la presse. De même, la publication au niveau national de toutes les condamnations pour racisme et antisémitisme n’est toujours pas réalisée. Les forces rétives au changement sont nombreuses, y compris en matière de sécurité. Elles invoquent les principes, les droits de l’homme. Leurs considérations sont respectables, tout comme l’était le pacifisme des années 30, qui a empêché les démocraties de se protéger contre le nazisme quand il en était, peut-être, encore temps. [...] En France, particulièrement à l’extrême gauche, mais pas seulement, Israël est souvent soumis à une grille de lecture déformante et injuste. On voit même d’anciens ambassadeurs de France appeler, sans vergogne, oui, sans vergogne, à une coalition contre Israël ! [...] Cet antisionisme se fonde sur l’angélisation de la cause palestinienne et la diabolisation d’Israël. Il n’y a qu’un pas de la détestation d’Israël à l’hostilité aux Français juifs. [...] Les antisionistes se trompent d’ennemi! Qui détruit la Syrie ? Qui a détruit la Libye, l’Irak ? Qui opprime les femmes et les homosexuels ? [...] Et faut-il vraiment que la France reçoive et couvre d’honneurs leurs dirigeants, et en tout premier lieu le Président de la République islamique d’Iran ? Cette grille de lecture, la Commission de l’Union Européenne est, hélas, en train de l’adopter à l’encontre d’Israël. Elle a demandé aux États-membres l’étiquetage des produits en provenance de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et du Golan. Cette demande est discriminatoire. [...] Et si on veut encourager le dialogue direct, n’est-il pas absurde de voir la France menacer qu’en cas d’échec du dialogue, on donnera raison à l’une des parties en reconnaissant l’État de Palestine ? [...] Je veux parler maintenant d’un mouvement qui prétend défendre la cause palestinienne : le BDS: Boycott, Désinvestissement, Sanctions. [...] En qualifiant Israël d’État d’apartheid, le BDS veut le ghettoïser, pour le faire disparaître. Nous n’en voulons plus de ces manifestations et autres pantomimes qui troublent l’ordre public. Monsieur le Premier Ministre, le BDS doit être interdit ! [...] Je porte en moi aussi l’héritage d’une longue tradition, celle d’un petit peuple qui a traversé tant d’épreuves, tant de persécutions, mais qui n’a jamais cessé de jouer un rôle important dans l’évolution de la pensée, de la science et de la culture. Je ne résiste pas à la tentation téméraire et peut-être contestable de citer Jésus, Marx et Einstein. Nous sommes l’un des très rares groupes humains qui ait réussi à préserver sa singularité à travers les siècles. [...] Nous entendons ce message que la France sans les Juifs n’est pas la France. Oui nous nous réjouissons que la France accueille un Finkielkraut parmi ses immortels. [...] Dans la guerre mondiale qui nous est aujourd’hui imposée, dans cette guerre qui a pour enjeux la liberté et la dignité humaine, je veux vous dire que j’ai confiance en notre victoire. »

  • Roger Cukierman, discours au dîner du CRIF, alors président du CRIF, 7 mars 2016


« Quand on invite des gens, on a tendance à inviter plutôt ses amis. Je n’ai pas envie d’inviter les héritières de Jean-Marie Le Pen, ni sa petite fille. Je considère que le FN est xénophobe, démagogique et populiste. Je souhaite éviter de fréquenter les gens avec les- quels je ne partage pas les valeurs morales et éthiques »

  • Roger Cukierman, alors président du CRIF, 7 mars 2016, Europe 1


« Il est à craindre que la présence si proche de ce nouveau carmel, renforcé par la croix plantée près de l'actuel, dont on ne sait toujours pas si elle sera maintenue, ne fasse de nouveau de cet endroit un pôle de "tourisme spirituel" pour le moins inconvenant. Déjà le chemin de croix qui a été tracé sur le site et les messes quotidiennes qui y sont célébrées, les nombreux pèlerinages français ou européens, justifiés par leurs organisateurs contre l'avortement, l'euthanasie ou le combat pour la conversion des vivants — et l'on pourrait presque dire des morts, qui se verraient ainsi assassinés une seconde fois — nous troublent. »

  • Jean Kahn, « Eviter la christianisation d'Auschwitz », Le Monde, 10 août 1991


« La pulsion de mort de l'Occident »

  • Jean Kahn, « Eviter la christianisation d'Auschwitz », Le Monde, 10 août 1991


« Mon parti politique, c'est le peuple juif. »

  • Jean Kahn, Tribune juive, 4 avril 1986