Jean-Paul Sartre

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Il a dit

« J’ai menti. Enfin ‘menti’ est un bien grand mot. J’ai dit des choses aimables sur l’URSS que je ne pensais pas. Je l’ai fait d’une part parce que j’estimais que, quand on vient d’être invité par des gens, on ne peut pas verser de la merde sur eux à peine rentré chez soi, et d’autre part parce que je ne savais pas bien où j’en étais par rapport à l’URSS et par rapport à mes propres idées. [...] Je ne savais pas qu’ils [les camps] existaient encore après la mort de Staline, ni surtout ce qu’était le Goulag. »


« Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d'un certain nombre d'individus qui le menacent, et je ne vois pas d'autres moyens que la mort. On peut toujours sortir d'une prison. Les révolutionnaires de 1793 n'ont probablement pas assez tué. »

  • Interview accordée à Actuel, 28 février 1973


« Les Vietnamiens se battent pour tous les hommes, et les forces américaines contre tous. »

  • Situations VIII, éd. Gallimard, 1971


« [En réponse à Raymond Aron et à la création de son « comité de défense et de rénovation de l'université française »] Cela suppose qu’on ne considère plus, comme Aron, que penser seul derrière son bureau – et penser la même chose depuis 30 ans – représente l’exercice de l’intelligence. Cela suppose surtout que chaque enseignant accepte d’être jugé et contesté par ceux auxquels il enseigne, qu’il se dise : « Ils me voient tout nu ». [...] Il faut, maintenant que la France entière a vu de Gaulle tout nu, que les étudiants puissent regarder Aron tout nu. On ne lui rendra ses vêtements que s’il accepte la contestation. »


« Quand les paysans touchent des fusils, les vieux mythes pâlissent, les interdits sont un à un renversés : l’arme d’un combattant, c’est son humanité. Car, en ce premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. »

  • Préface de Les Damnés de la Terre, Frantz Fanon, éd. Maspero, 1961


« [L’anticommuniste est] un rat visqueux »

  • Situations VI, éd. Gallimard


« La première chose que vous avez à faire, c'est de supprimer la presse contre-révolutionnaire. [...]

Les derniers liens furent brisés, ma vision fut transformée : un anticommuniste est un chien, je ne sors pas de là, je n'en sortirai plus jamais. »

  • Situations IV, éd. Gallimard, 1961, pp. 248-249


« Le marxisme est l'horizon indépassable de notre temps. »

  • Critique de la raison dialectique, éd. Gallimard, 1960


« [À propos de la divulgation du rapport secret de Kroutchev au XXe congrès du Parti communiste de l'Union soviétique] De ce point de vue, la faute la plus énorme a probablement été le rapport Kroutchev, car, à mon avis, la dénonciation publique et solennelle, l'exposition détaillée de tous les crimes d'un personnage sacré qui a représenté si longtemps le régime est une folie quand une telle franchise n'est pas rendue possible par une élévation préalable, et considérable, du niveau de vie de la population. »


« Et le crime, pour moi, ce n'est pas seulement l'attaque de Budapest par les blindés, c'est qu'elle ait été rendue possible et peut-être nécessaire (du point de vue soviétique évidemment) par douze ans de terreur et d'imbécillité. »

  • L'Express, 9 novembre 1956, « Après Budapest », il accusa et traita également de « fascistes » et de « peuple immature » les hongrois qui se soulevèrent lors de l'insurrection de Budapest en 1956 contre l'intervention soviétique.


« [De retour d’URSS] Le citoyen soviétique possède à mon avis une entière liberté de critique. [...] Vers 1960, avant 1965, si la France continue à stagner, le niveau de vie moyen en URSS sera de 30 à 40 % supérieur au nôtre. »

  • « La liberté de critique est totale en URSS », Libération, 15 juillet 1954


« [De retour d’URSS] La liberté de critique est totale en URSS [...] Et le citoyen soviétique améliore sans cesse sa condition au sein d’une société en progression continuelle. »

  • « La liberté de critique est totale en URSS », Libération, 15 juillet 1954
Libération, 15 juillet 1954, « La liberté de critique est totale en URSS »

« [Après l’exécution des époux Rosenberg] Nous crions d’un bout à l’autre de l’Afrique : Attention, l’Amérique a la rage. Tranchons tous les liens qui nous rattachent à elle, sinon nous serons à notre tour mordus et enragés. »


« L'URSS se trouve grosso modo située, dans l'équilibre des forces, du côté de celles qui luttent contre les formes d'exploitation de nous connues. »

Ils ont dit de lui

Christian Millau

Et que penser de Jean-Paul Sartre, qui a lui aussi son nom au fronton de certains lycées ? Sartre — qui, ne parvenant jamais à trouver le numéro de téléphone de la Résistance, n'eut pas une Occupation trop glorieuse — fit des allers-retours tellement tordus qu'on a du mal a les suivre. il faut tout de même se souvenir qu'en 1941 il s'était fort bien accommodé de sa nomination au poste d'un titulaire juif révoqué ; qu'en 1947 il déclarait qu'entre les États-Unis et l'URSS il choisirait toujours le parti de l'Union soviétique ; que, sans nier l'existence du goulag, il refusait d'en faire le reproche au pouvoir soviétique, [...]
il affirmait avec un bel aplomb qu' « en union soviétique, la liberté de la critique est totale », et aussi, en passant, que De Gaulle était un « maquereau », un « monstre », un « porc ».

  • Journal d'un mauvais Français, Christian Millau, Édition du Rocher, 2012, 978-2-268-07403-0, p 234

Sa nébuleuse