Philippe Buonarroti

Il a dit

« L'expérience de la révolution française et plus particulièrement les troubles et les variations de la convention nationale ont, ce me semble, suffisamment démontré qu’un peuple dont les opinions se sont formées sous un régime d’inégalité et de despotisme, est peu propre, au commencement d’une révolution régénératrice, à désigner par ses suffrages les hommes chargés de la diriger et de la consommer. Cette tâche difficile ne peut appartenir qu’à des citoyens sages et courageux qui, fortement épris d’amour pour la patrie et pour l’humanité, ayant longtemps sondé les causes des maux publics, se sont affranchis des préjugés et des vices communs, ont devancé les lumières de leurs contemporains, et méprisant l'or et les grandeurs vulgaires, ont placé leur bonheur à se rendre immortels en assurant le triomphe de l'égalité. Peut-être faut-il, à la naissance d’une révolution politique, même par respect pour la souveraineté réelle du peuple, s’occuper moins de recueillir les suffrages de la nation que de faire tomber, le moins arbitrairement que possible, l’autorité suprême en des mains sagement et fortement révolutionnaires. »

  • Conspiration pour l'égalité dite de Babeuf, suivie du procès auquel elle donna lieu, et des pièces justificatives, éd. Librairie romantique, 1828, p. 134